Balloon Dog : Comment un chien gonflable est devenu une icône du marché de l’art contemporain ?

Alors que pratiquement tous les secteurs de l’industrie sont fortement frappés depuis la crise de 2008, le marché de l’art contemporain par contre continue à battre des records d’enchères année après année depuis mars 2009 (soit à peine quelques mois après la crise causée par l’effondrement de la banque d’affaires Lehman Brothers le 15 septembre 2008).  

L’icône la plus connue de cette prospérité de l’art contemporain a été la vente d’un exemplaire de l’oeuvre “Balloon Dog”, l’une des créations les plus populaires de l’artiste américain contemporain Jeff Koons. 

Le 11 novembre 2013, “Balloon Dog ” a été vendue par la célèbre maison aux enchères Christies au prix record de  58,4 millions de dollars (plus de 38,8 millions d’euros).  

Dans cet article vous apprendrez :

  • Ce qu’il faut savoir sur l’oeuvre ”Balloon Dog” et son créateur Jeff Koons
  • L’idée qui se cache derrière la conception de l’oeuvre “Balloon Dog” 
  • Pourquoi le marché de l’art contemporain est insensible aux périodes de crise .

A propos de l’oeuvre “Balloon Dog” et son créateur Jeff Koons

Pour ceux qui ne connaissent pas l’oeuvre “Balloon Dog”, il s’agit de l’une des “sculptures” les plus connues de l’artiste Jeff Koons.

L’oeuvre existe en de multiples exemplaires (qui varient en taille et dimension). “Balloon Dog” est déclinée en 5 versions de couleurs  (bleu, magenta, jaune, orange et rouge). 

Le “Balloon Dog” n’est donc pas une oeuvre unique. Au contraire, l’oeuvre a été transformée volontairement par son créateur Jeff Koons en une véritable “machine de marketing” allant de la vente des simples portes clefs à des sacs pour femme avec l’image du chien gonflable jusqu’à des lampes et autres objets de décoration en forme de Balloon Dog

L’exemplaire vendu en novembre 2013 aux enchères chez Christie’s pour 58.405.000 $ (plus de 38,8 millions d’euros) est un exemplaire fait de métal rutilant, de couleur orange haut de 104 cm. 

Cette oeuvre détient le record de la sculpture la plus chère vendue au monde. 

Cette sculpture en acier inoxydable recouverte d’un vernis transparent est la copie d’un simple ballon en forme de chien comme ceux que l’on trouve dans les magasins de farce et attrape ou que les amuseurs de rue distribuent aux enfants. 

Une sculpture monumentale, comique, drôle, en hommage à son fils Ludwig qu’il ne voyait plus après son divorce de la “Cicciolina”, l’ex-star du porno Italienne à la réputation sulfureuse qui a même réussi à siéger au parlement Italien pendant 5 ans comme députée ( de 1987 à 1991). 

L’oeuvre a été exposée partout dans le monde et a provoqué un effet “dérangeant” délibérément voulu par son créateur. 

En 2008 au château de Versailles, le Balloon Dog a été exposé dans un exemplaire gigantesque en acier chromé de couleur magenta pesant 1 tonne. L’oeuvre d’art trônait fièrement dans le salon d’Hercule, créant une dissonance comique avec les salles ornées des décorations classiques typiques del’époque de Louis XIV (1638-1715) et a déclenché une véritable polémique autour du mélange entre classicisme traditionnel et pop art kitsch pendant toute la durée de l’exposition. 

Qui est Jeff Koons ?

Un cendrier a pour moi autant de valeur que la Pietà de Michel Ange. (….) Je veux renouer avec cet art facile et amusant que tout le monde comprend. L’esthétique est pour moi un grand facteur discriminant pour les gens. Ils pensent que l’art est au dessus d’eux et cela je n’aime pas.” 

Ces phrases  illustrent toute la philosophie de l’artiste américain, Jeff Koons.

Jeff Koons est  devenu aujourd’hui un des artiste contemporains les plus célèbres au monde grâce à la mise en place et l’utilisation des techniques de marketing et de commercialisation à une échelle mondiale. 

L’ironie de l’histoire: Jeff Koons n’a rien inventé de nouveau car il a simplement recyclé un concept déjà existant inventé par Marcel Duchamp, l’inventeur de l’art conceptuel, qui existe depuis plus de 100 ans. Il l’a juste rendu plus grand, plus monumental et plus gigantesque et il a réussi à l’optimiser commercialement grâce à une stratégie de promotion et de marketing bien réfléchie.

 

Quelle idée se cache derrière la conception du Balloon Dog?

Il s’agit du concept du “Ready Made”, crée par Marcel Duchamp (1887-1967), le fondateur de l’art contemporain, en 1913 (le premier oeuvre “ready made” a été une roue de bicyclette inversée tournante sur un socle). Cette théorie dit que l’art ne doit pas être façonnée ou être beau mais être dénudé de tout aspect d’artisanat et tout aspect d’esthétique. 

Ceci signifie que même un simple objet utilisé au quotidien (le fameux urinoir en porcelaine crée par Marcel Duchamp pour l’exposition de la société des artistes indépendants américains en 1917 est l’exemple le plus connu) peut être considéré comme de l’art par la seule volonté de son créateur. 

C’est l’artiste même qui devient ainsi partie intégrante de l’oeuvre conçue.  

A partir des années 50, de nombreux autres artistes contemporains ont suivi l’exemple dont l’artiste américain Andy Warhol (1928-1987), l’inventeur du pop art, qui l’appliqué pour la commercialisation des ses fameux boîtes de conserves de la marque de soupe Campbell. 

Un autre exemple est l’artiste américain contemporain américain Damien Hirst, devenu célèbre par la vente son crâne revêtu de 8.601 diamants, le fameux “Skull Star Diamond”, une réplique d’un simple crâne humain, dont un exemplaire a été vendu pour plus de 100.000.000 $ (plus de 92,4 millions d’euros) à un groupe d’investisseurs en 2007. 

Pourquoi le marché de l’art contemporain est insensible aux périodes de crise?

Parce qu’il s’agit d’un marché essentiellement réservé aux collectionneurs “too rich to fall” que le niveau de richesse rend invulnérables et par le mécanisme des surenchères en réseau fermé les côtes ne cessent d’exploser. 

Il s’agit d’un marché créé par les initiés de l’art contemporain qui n’est pas soumis aux règles des marchés classiques ni à sa police.  

L’exemple frappant est la vente aux enchères organisée par l’artiste contemporain américain Damien Hirst avec la coopération de la célèbre maison aux enchères Sotheby’s le soir même du 15 septembre 2008, le début de la dernière crise mondiale. 

Alors que le matin on a annoncé la faillite de la banque Lehman Brothers, la vente aux enchères organisé le soir a connu un résultat spectaculaire et inattendu aboutissant à un chiffre d’affaires de 200.000.000 $ (plus de 184 millions d’euros), marquant le record de la vente la plus chère d’oeuvres appartenant à un seul artiste. 

Cette fameuse vente a également causé une véritable révolution dans le monde de l’art contemporain. C’était en effet la première fois qu’un artiste n’a pas respecté la règle suivant laquelle  les oeuvres doivent d’abord passer par les galeristes ou marchands d’art (ce qu’on appelle marché premier dans le secteur de l’art) avant d’être vendues par les maisons de vente aux enchères (marché secondaire dans le secteur de l’art)

Le marché de l’art contemporain, développé d’une façon quasi industrielle par des artistes connus comme Andy Warhol, Jeff Koons, Damien Hirst et d’autres, sur base du concept de Ready Made, inventé par Marcel Duchamp, est un marché “propre” indépendamment et à l’abri de toute crise financière ou autre. 

Vu la crise causée par le Coronavirus et les intérêts sur l’épargne qui se trouvent à un niveau historique extrêmement bas, c’est le moment idéal d’investir dans l’achat d’oeuvres d’art contemporain.  

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